Mot du Président

Je vous mentionnais dans ma dernière communication que les dossiers de négociations n’avaient guère évolué. Mis à part le dossier de l’étalement, le ministre Barrette refusait d’aborder les autres dossiers (rémunération mixte, propositions de la FMOQ pour l’accessibilité aux médecins de famille). Puis, coup de théâtre : début novembre, le ministre profite des vacances de notre président, le Dr Godin, pour l’aviser d’un nouveau projet de loi concernant l’accessibilité aux médecins de première ligne et aux médecins spécialistes. La Fédération doit soumettre ses commentaires rapidement et garder le document de travail confidentiel. Avant même d’en avoir saisit nos instances fédératives (Bureau, Conseil), le ministre dépose sans autre avis son projet de Loi à l’assemblée nationale. Sommes nous toujours en démocratie ?

 

Projet de Loi 20

 

Je crois bien que la majorité d’entre vous est au courant du contenu de ce projet de loi. Ce 28 novembre, le Dr Godin a fait parvenir à l’ensemble des médecins omnipraticiens un résumé des points principaux de ce projet de loi. Je me permets d’y revenir.

 

Bonne nouvelle, c’est la fin des AMP. Là s’arrête le bonheur. Le reste n’est que coercition. On remplace plutôt ces AMP par des AMF (Activités en Médecine Familiale) et on prolonge leur existence jusqu’à 35 ans de pratique (20 ans auparavant). Un minimum de 1500 patients par médecin de famille ne faisant que de la pratique en cabinet. Obligation de combiner une pratique mixte (cabinet-établissement) pour les moins de 25 ans de pratique. Vous faites des accouchements ? Minimum 180 accouchements par année pour vous dispenser d’inscrire des patients autre que des grossesses pour suivi en médecine de famille. Pour les urgentologues à temps plein, minimum de 36 heures par semaine (4 gardes de 8 hres/sem. auxquelles on additionne les hres administratives allouées par quart de travail). Problématique en CHSLD : plus de 200 patients nécessaires pour se regrouper à au moins 4 médecins. Les médecins enseignants à l’université ou dans les UMF se voient imposer des contraintes quant à l’inscription de patients à leur nom. Si vous n’êtes pas en conformité, vous subirez une baisse de rémunération de 30% sur l’ensemble de votre rémunération

 

Il y a mieux : le taux de fidélisation. Vos patients inscrits doivent impérativement vous voir vous ou un membre de votre groupe au moins 80% du temps de consultation dans l’année, fins de semaine et jours fériés inclus bien sûr. Seule exception : s’ils obtiennent un code P1, P2 ou P3 à l’urgence où ils consultent. Vos patients ne peuvent plus vous tromper et vous, vous devrez montrer beaucoup, voire énormément de disponibilité ! Pour le moment, personne ne sait si cette mesure s’applique à l’ensemble des médecins ou « seulement » à ceux de moins de 35 ans de pratique. Pour les contrevenants, des pénalités ascenseurs s’appliquent.

 

 

 

Conséquences anticipées

 

Clairement, les médecins auront tout intérêt à inscrire des patients le moins malades possible et à passer le moins de temps possible par consultation. Les jeunes femmes médecins avec des enfants en bas âge ne pourront plus travailler à temps partiel. Si elles le font, double pénalité : on amputera 30% de leur rémunération déjà en baisse suite à la diminution des heures travaillées. Comme loi misogyne, on a rarement vu pire… Comme les femmes constituent près de 80% des admissions en médecine, on peut certes anticipée qu’elles choisiront d’autres spécialités que la médecine de famille. On avait pourtant fait de beaux progrès ces dernières années en faveur de la résidence en médecine familiale.

 

Une bonne proportion des admissions en médecine concerne des étudiants provenant déjà de programmes universitaires. Ces médecins obtiennent leur diplôme à un âge plus avancé, conséquemment. Comme la conscription est de 35 ans, ces médecins ne pourront ralentir avant l’âge de 60, 65 voire 70 ans. Franchement irrecevable.

 

Il ne faut pas non plus sous-estimé la possibilité d’une plus grande désaffiliation de la RAMQ vers le privé et le déménagement à l’extérieur du Québec pour bon nombre de médecins.

 

Actions

 

Le Conseil de la Fédération a lieu samedi le 13 décembre prochain. Nous discuterons des actions à prévoir. Entretemps, plusieurs médecins ont décidés d’installer un cadran dans leur bureau qui déclenche une alarme après 10 ou 15 minutes pour sensibiliser les patients au fait que si le projet de loi est adopté, ils devront passer moins de temps en consultation. Ils ne mettent pas le patient dehors une fois l’alarme déclenchée… Un site internet vous permet, vous et vos patients, de signer une pétition à l’assemblée nationale contre ce projet de loi (https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-5029/index.html).

 

La FMOQ tiendra 2 assemblées d’information la semaine avant Noël, l’une à Montréal, l’autre à Québec. L’AMOE organisera un transport en autocar pour ces deux assemblées. Il faudrait se mobiliser en grand nombre pour démontrer au Ministre notre désaccord face à cette démarche sans consultation. Tous doivent se sentir concernés, même ceux les moins touchés par ces mesures. Il en va de l’avenir de la médecine familiale et de notre autonomie professionnelle. Surveillez vos courriels.

 

Je demeure personnellement disponible pour toutes questions ou informations concernant ce projet de loi.

 

 

 

Alain Demers, md

Président AMOE