Mot du président

Les membres de ma famille ont la bonne habitude de lire les journaux et de se tenir informés. N’étant pas médecins pour la totalité, ils comprennent ce que les journalistes veulent bien leur dire, sans nuances aucune. Pas facile les soupers de famille en ce début d’année 2016…! On m’interpelle sur ma rémunération, l’incorporation, la place que soit disant je refuserais de faire aux infirmières de toutes appellations, le refus d’intégrer les médecins étrangers et bien sûr, sur l’incapacité d’obtenir un rendez-vous dans un délai convenable en première ligne. Je me concentrerai exclusivement sur ce dernier point dans ce mémo. Loi 20 La loi 20 a été adoptée, vous le savez tous. La Fédération a réussi à la suspendre directement audessus de nos têtes moyennant certaines conditions. Bien évidemment, les règles de négociations nous empêchent de rayer une Loi sans rien proposer en retour. Nous nous sommes donc engagés à vider les guichets de patients orphelins (85 % de la population devra compter sur son médecin de famille) et assurer une disponibilité envers nos patients inscrits (taux de fidélisation de 80%) au plus tard le 31 décembre 2017. C’est demain. Parfois, j’ai le curieux sentiment qu’on a un peu oublié nos engagements… Entre le 30 juin 2015 et le 30 décembre de la même année, le nombre de patients inscrits auprès d’un médecin en Estrie a diminué. Gênant si on considère que la quasi totalité des autres régions affichent un bilan positif. On peut sans doute invoquer les retraites récentes de quelques médecins avec une lourde clientèle et le peu de nouveaux facturants sur notre territoire. N’empêche. On devra et on doit faire mieux. Vrai que le fait d’inscrire les patients de nos confrères retraités évite de les diriger vers le guichet. Tant mieux vous dirai-je. Mais ça ne diminue quand même pas les orphelins à ce foutu guichet. Invité par le DRMG, j’ai assisté à une partie de la rencontre de la table médicale territoriale de Sherbrooke. Au rythme où vont les choses, tous ont pu constater, chiffres à l’appui, que nous ne parviendrons pas à inscrire les quelques dix-huit mille patients en attente au guichet dans les délais prescrits. Une stratégie commune, DRMG-AMOE, sera mise de l’avant et passera par les chefs de GMF. Des données accessibles, notamment le nombre d’inscriptions par médecin, sont à leur disposition. Ces chiffres devront être pondérés selon le type de pratique, notamment en soins à domicile. Mais impérativement, on devra stimuler les troupes, et possiblement pas seulement pour le RLS de Sherbrooke. L’effort demandé ne pourra être le même pour tous. Les médecins ayant déjà une très grosse clientèle ne pourront et ne devraient pas être sollicités de la même façon que ceux ayant un plus petit nombre de patients inscrits. Volontairement, je ne mentionne aucun chiffre particulier ici. Je crois plutôt que chaque médecin doit se sentir concerné et faire un effort à la hauteur de ce qu’il estime être en mesure d’accomplir. Soignons notre image À titre de président de l’AMOE, je reçois bien sûr des communications de membres, mais aussi de la population. À l’occasion pour critiquer la profession médicale, parfois pour me demander un médecin de famille, le plus souvent pour me faire part de frustrations diverses. Parfois, je dois dire qu’ils ont un peu raison… Tiens, par exemple, j’apprenais récemment qu’il y a encore chez nous des médecins qui refusent de voir un de leur patient sous le simple prétexte que sa dernière visite remonte à trop longtemps. Pauvre patient, pas assez souvent malade…! Je sais, je sais, ce type de patient vous empêche de toucher un petit forfait annuel puisqu’il ne vous a pas consulté au cours des 3 dernières années. Mais Dieu du ciel, inscrivez en un autre puisque vous semblez avoir de la place pour voir ce patient qui n’est pas venu! Non seulement vous aurez votre forfait annuel, mais vous aurez aussi votre forfait de prise en charge. Vous aurez ainsi diminué plutôt qu’augmenté la clientèle au guichet. Sincèrement, comment voulez-vous que je défende cette pratique au sein de la population, et même entre confrères, par ces temps difficiles au point de vue de notre image ? Vous voulez un autre exemple ? Une dame me disait que son pédiatre devait délaisser sa clientèle en bonne santé pour ne faire que les cas problématiques. Elle s’adresse donc à son médecin de famille pour prendre en charge ses deux ados en parfaite santé. Pas vulnérables pour deux sous, et logiquement peu demandants. Comment justifier un tel refus ? Pourquoi madame devrait-elle inscrire ses enfants au guichet ? Rappelons au demeurant que nous avons souvent reproché au pédiatre de ne faire que du « well baby care » et ne pas être disponibles pour les cas plus complexes… J’aurais d’autres exemples, mais je vais m’arrêter là. Sachez aussi que la vérificatrice générale a vertement critiqué la RAMQ de manquer de rigueur dans ses vérifications de facturation des médecins. Les fonctionnaires l’ont bien entendu et disons qu’ils sont un peu plus sur les dents actuellement. Je vous encourage simplement à être rigoureux et à vous assurer que vous facturez correctement. Notamment, les services dispensés par un autre professionnel à l’intérieur de votre clinique ne sont aucunement facturables à la RAMQ. Il n’y a pas de tarifs de supervision et la règle du « lui-même » est toujours en vigueur. Ce n’est vraiment pas le temps de faire les manchettes pour des erreurs de facturation. Conclusion Je sais que la Fédération, et conséquemment l’AMOE, vous en demande un petit peu. Je vous invite à relire la Loi 20. Vous conviendrez vite avec moi que bien qu’imparfaite, l’entente sur l’accessibilité conclue avec le ministre Barrette n’a rien à voir avec la coercition de la Loi 20. Et je demeure personnellement convaincu que si le gouvernement devait mettre cette loi en application demain matin, il ne se trouverait pas beaucoup de citoyens de quelqu’allégeances politiques que ce soit pour le critiquer… Aller, dormez en paix… tout en rêvant que vous inscrivez des patients !